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Avoir eu comme première voiture une R8 Gordini, ça vous pose un homme.
Jean-Claude Puerto-Salavert est un « bagnoleux », c’est clair. Toute sa carrière est même liée à la voiture, puisqu’il a cofondé ou créé deux entreprises de location de voiture. Ada en 1988, qui appartient aujourd’hui au groupe G7. Puis Ucar, qu’il dirige encore, en 1999. Mais Jean-Claude Puerto-Salavert s’inquiète. Il a compris que la voiture change. Et qu’il va falloir se battre pour que ce changement ne soit pas trop désagréable pour les amoureux de la voiture.

C’est la raison qui l’a poussé à écrire un livre, petit mais vif et engagé.
Son espoir est parfaitement résumé dans le titre : #partage ta bagnole ! « Votre vie d’automobiliste va changer radicalement dans les dix prochaines années, prévient le chef d’entreprise. Cette révolution, vous ne devez pas la subir. Vous et moi devons en être les acteurs. » Le décor est donc planté. Malgré son attrait pour la voiture, il ne nie pas les inconvénients liés à l’objet, expliquant que « la bagnole pollue, congestionne et tue. Comment le nier ? ». Le changement à venir provient, selon l’auteur, des contraintes environnementales. « L’alternative est simple. Soit la voiture s’adapte à la nouvelle donne écologique, soit elle disparaît. »

Exclusion sociale

L’évolution est déjà en cours. Et ceux qui la mènent inquiètent le chef d’entreprise au plus haut point. « Le juste combat contre les impasses d’une circulation dérégulée s’est transformé en une croisade anti-voitures qui ne souffre pas de contradiction », s’alarme-t-il.
Dans sa ligne de mire, les municipalités, chercheurs, ONG qui rêvent d’un monde sans voiture. Et de rappeler que ce débat est très ancien. Georges Clemenceau estimait ainsi la voiture « dangereuse, puante, inconfortable, ridicule » et « vouée à un oubli rapide ».
Surtout, l’auteur souligne que les mesures prises sont en passe de créer un phénomène d’exclusion, un point effectivement rarement pris en compte par les contempteurs de la voiture individuelle. Jean-Claude Puerto-Salavert souligne que « les propriétaires de ces autos mises au ban de la société sont les plus modestes », ce qui fait que « la conduite automobile devient un luxe réservé aux puissants et aux riches ».
Pour lui, il n’existe donc qu’une seule voie de salut : la fin de la propriété et la voiture partagée. D’abord, parce que c’est bien la possession d’une voiture à 100 % du temps quand son utilisation réelle n’est que de quelques pour cent qui rend son coût élevé. Et de plus en plus élevé, avec les nouvelles contraintes environnementales.

Surtout, il faut que cette voiture partagée soit neuve, car c’est grâce à ses systèmes antipollution dernier cri, ou à sa propulsion électrique, qu’elle pourra répondre aux normes environnementales les plus strictes. Mais le choix n’est pas encore fait. « Soit la prohibition s’impose et les vieilles voitures, celles des plus pauvres, sont parquées hors des espaces urbains. Soit le partage des voitures neuves se généralise et régénère l’ensemble du parc automobile. »

Dernière question à résoudre : qui sera le propriétaire de cette voiture partagée ? Car il en faut bien un, au final. Jean-Claude Puerto-Salavert plaide pour sa paroisse, à savoir des
professionnels de la location. Et surtout pas les grandes plateformes mondialisées, comme Uber. La lutte s’annonce sévère, pourtant.


Article du 16 avril 2018